SUMMER DIARIES #5: DOPPELGANGERS & VARDOGRS’MONTH

J’ai découvert le terme « doppelgänger » il y a quelques années en regardant « The Broken » de Sean Ellis, un film très mal reçu et vivement critiqué…que j’ai adoré. Le film raconte l’histoire d’une femme qui commence à voir son double après qu’un miroir se soit fissuré sans raison apparente lors d’un repas de famille. Elle entreprend alors d’enquêter sur cette drôle de situation où elle découvre lors d’une conférence un cas de figure similaire à son expérience, puisqu’en effet dans le folklore allemand croiser son double a sa propre terminologie et est le présage d’un très grand malheur.
L’histoire m’a happée, la projection m’a hantée, et sans le savoir alors à l’époque je venais d’expérimenter pour la première fois ce qui allait devenir avec le temps l’une de mes thématiques culturelles et artistiques préférées. J’ai commencé à me documenter pas mal sur le sujet, en lisant quelques ouvrages sur la bilocation, et en démarrant aussi cette drôle de collection qui m’a poussé pendant un temps à ramener tous les miroirs brisés que je retrouvais abandonnés sur mon chemin.(J’en suis à quelque chose comme 49 années de malheur entassés chez moi, à part ça tout va bien.)
Cette obsession pour les sosies malveillants s’est d’ailleurs muée en un cauchemar bien authentique l’année passée avec des événements dont vous vous souvenez tous très bien. Mon histoire de barjot a probablement atteint son paroxysme lorsqu’un de mes amis m’a raconté qu’une connaissance commune que je n’avais plus vu depuis longtemps et donc plus très au jus de mon actualité et de mon apparence lui avait dit qu’il « nous » avait vu l’autre jour au loin, main dans la main. Lorsqu’on l’a mis à jour sur les événements récents qui me concernaient, il a apparemment eu du mal à percuter que ses yeux l’avaient trahi, puisqu’en effet ce n’était plus moi qui tenait la main de qui que ce soit à ce moment-là, remplacée depuis peu par une histoire sordide de double maléfique.


Après cette fameuse affaire de l’été passé, certains souvenirs qui se terraient dans un coin de ma tête me sont revenus en mémoire pour me rappeler que ce n’était pas la première fois que je côtoyais des personnes qui mettaient en péril mon identité en se l’appropriant au détriment d’en avoir une qui leur est propre, et que j’avais un certain historique en la matière. Certaines, anodines, remontent à l’époque de la cour de récré, d’autres plus tardives et plus flagrantes se sont beaucoup manifestées lorsque j’ai eu ma période gothique et que j’étais l’énergumène du lycée. 
Une copine m’a dit un jour, constatant par elle-même des ressemblances troublantes et soudaines chez certains de nos compères qui m’étaient liées, que je devais me sentir flattée puisqu’apparemment j’avais une sorte de « super pouvoir » qui faisait que j’exacerbais malgré moi le côté excentrique de ceux avec qui j’entrais en contact. Un gentil compliment que j’ai su apprécier même si de mon côté je ne ressentais pourtant que de l’incompréhension, et voyant les choses de manière plus immature et totalement orgueilleuse.

The Double
Portrait of Edward James, Magritte

Cette semaine je suis allée voir « The Double » au cinéma, un immense coup de coeur qui m’a totalement subjuguée et que je recommanderais chaleureusement, et qui m’a permis également de voir les choses sous un autre angle et prendre une nouvelle forme de recul sur ce rapport aux autres bien précis qui m’angoisse.

Le rôle principal est tenu par Jesse Eisenberg qui se trouve soudainement confronté sur son lieu de travail à un nouveau venu qui s’avère être sa copie conforme. En plus d’être un pied de nez à sa propre identité, il vit particulièrement mal le fait que cet ersatz récolte tous des honneurs immérités d’un labeur qui lui est propre, sans que personne ne semble relever la supercherie. Outré par cette injustice, il essaie d’obtenir gain de cause en soulignant à son entourage la ressemblance frappante qu’il y a entre lui et ce mauvais clone qu’il semble le seul à percevoir. Ce à quoi on lui répond « So what, you’re pretty commun you know, you’re not that unique« , suggérant ainsi l’idée qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans le fait de croiser des doublons surtout quand on est soi-même quelqu’un d’assez ordinaire dans le fond même si on essaie intensément de se persuader du contraire.

La fierté de merde qui m’a toujours caractérisée s’est vue totalement écrabouillée sur base de cette réplique, et je commence à peine à digérer cette idée et à m’adapter à ce point de vue certes un peu triste, mais totalement véridique. Une bonne claque dans la tronche qui m’a fait le plus grand bien et que j’aurais voulu m’adresser il y a quelques années.

Tant qu’on parle cinéma, Julien et son savoir universel et absolu m’a dit l’autre jour « Ma petite Alexandra, toi qui es une hipster absolue et qui a adoré Under The Skin, la plupart des critiques qui trouvent que c’est aussi un des meilleurs  films de l’année évoquent souvent Enemy dans leur palmarès, donc tu devrais garder un oeil là-dessus. » 
Avec un titre pareil je m’imaginais Will Smith poursuivi sur une autoroute par le FBI en train de décharger trois chargeurs sur une mafia quelconque. J’ai donc été très surprise en découvrant la bande-annonce, puisqu’il semblerait qu’en l’espace d’un mois ce soit le deuxième film à l’affiche qui parle de doppelgängers, me voilà bien servie. Je n’ai néanmoins pas voulu vérifier cette première impression étant donné que le film sort demain en salle, et que je préfère y aller vierge de tout spoiler espérant être agréablement surprise. Si tu as donc des goûts de chiasse comme moi et qu’en plus tu aimes avoir deux Jake Gyllenhaal pour le prix d’un, à bon entendeur.



Enfin, je suis allée voir la semaine passée l’exposition de Stephan Balleux qui se tient pour le moment au musée d’Ixelles et qui est ma plus grande claque picturale depuis un bon moment. Ce belge, dont la thématique est « la peinture et son double » aborde une fois de plus ce sujet qui m’est cher en remettant en perspective la notion du dédoublement, ainsi que le réel et la représentation du réel, une véritable aubaine pour mes pupilles, une merveilleuse coïncidence pour clôturer ce trio mensuel étrange.

Il semble aussi prendre un certain plaisir à peindre des faux témoignages du passé en incluant des présences inconnues aux allures ectoplasmiques dans des scènes d’époque, et à générer un certain malaise en suggérant une présence occulte subtile dans la plupart de ses tableaux, c’est du moins comme ça que je le lis et que je l’apprécie.

Et voilà pour un bel article de merde sous une couche de culture aux liens branlants pour m’excuser envers moi-même d’avoir été une connasse il y a quelques années. Si vous avez des recommandations quelconques sur la bilocation et les doubles subjectifs quels qu’ils soient, je suis toute ouïe.

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15  commentaires

  1. J'ai l'impression quand je te lis que tu considères un peu aujourd'hui l'orgueil comme une sorte de péché.
    Je ne suis pas d'accord parce que le commentaire dont tu parles dans le film réduit l'humain à une forme de bétail, je crois que ce que tu te reproches par le passé est ce qui fait avancer la plupart des gens, sans penser qu'il a un but et qu'il est unique l'humain n'a plus vraiment de raison de vivre et de se lever matin. C'est peut-être se fourvoyer en effet mais vital néanmoins pour ne pas avoir envie de se tirer une balle dans la tête.

    Sinon David Lynch fait pas mal de références au thème que tu aimes, mais en voyant la première image je crois que tu connais déjà.
    Et je ne savais pas qu'il y avait un terme bien particulier pour illustrer ce phénomène.

    1. Oui tu as raison, même si je reste convaincue que le concept de "l'unicité" au fond est une illusion aussi irrationnelle à laquelle se raccrocher qu'une religion ou une déité. Mais je présume que si nous perdions cet orgueil le monde sombrerait dans des scénarios à la 1984 ou comme des films tels qu'Equilibrium. Ici je voulais surtout exprimer le fait que je n'avais même jamais pensé aborder les choses de cette manière, dans cette société du moi et du surmoi, on s'y perd un petit peu.

      C'est vrai que David Lynch en a joué pas mal dans Lost Highway et Mullholland Drive (je ne me souviens plus bien des autres…!), moi qui était assez sceptique sur ce qu'il voulait véhiculer comme scénario ou comme idée à l'époque, en l'abordant totalement avec ce point de vue la relecture pourrait sans doute être plus passionnante.

    2. Sinon je suis allée voir ennemy hier après avoir lu ton article en profitant de mes derniers jours de vacances!
      Je ne sais pas si je dois te crier dessus ou te remercier XD

    3. Aaaah! Je présume que tu me crierais dessus sans doute à cause de la dernière scène, la salle était complètement silencieuse pendant toute la projection, un mec a lâché un gros "WHHHOOO PUTAINGE!" derrière nous avant le générique (auquel je ne m'attendais pas.)

      A moins que tu aies détesté? Je dois dire que j'ai attendu ce genre de cinéma un peu toute ma vie, donc sans surprise j'ai trouvé ça vraiment génial et il est sans doute dans mon top 3 pour 2014 jusqu'à présent…

  2. J'ai découvert la bande annonce d'Enemy avant une séance, et en voyant les images avant le titre, je trouvais tout comme toi que ce dernier ne semblait pas bien représenter le sujet du film et qu'il serait effectivement plus approprié à un film avec du muscle et des balls.

    Finalement lundi, j'étais épuisée après mon entretien et ai préféré rentrer plutôt que de me lancer dans l'exploration des bonnes adresses que tu m'avais conseillée (et tu m'avais averti que le musée n'était pas ouvert ce jour-là de toute manière) mais tu m'as mis l'eau à la bouche avec tes ectoplasmes donc je vais essayer de me bouger avant la fin de cette expo, même s'il ne me reste que 15 jours et que ça semble un peu mort pour moi quand même…

    Je n'ai pas grand chose à te conseiller sur les 2 sujet que tu évoques. Les premières œuvres qui me viennent à l'esprit sont "Harry Potter et le prisonnier d'Azbakan", le clip de Thirty inspiré de Shinning pour "The Kill" et éventuellement "Le Nombre 23" qui est un peu hors-sujet mais qui m'avait laissé une belle claque, adolescente. Donc autant dire, RIEN humhum.

    Sinon, tu l'as certainement vu lors de tes recherches mais d'après notre ami Wiki, un film japonnais porte le tendre nom de "Bilocation", je pense donc qu'il doit donc traiter du sujet (mais les films japonnais sont trop effrayants pour que j'ose le regarder avant de pouvoir te le conseiller, donc on va dire que c'est Google qui recommande ça, pas moi. Humhum#2

    1. Si tu veux une expérience plus enrichissante que Maleficient et retourner au cinéma avec ton amoureux par une autre après-midi d'ennui, je te le conseille, tu ne pourras pas rester indifférente, même si tu détestes…

      Stephan Balleux étant belge je crois et j'espère que ce ne sera pas sa dernière exposition par ici et que tu auras d'autres opportunités de le voir…! J'étais triste de lire que tu pensais ne pas être rappelée pour ton entretien, je croise les doigts pour toi quand même.

      Oui, j'ai bien sûr pensé à 30 seconds to mars qui représente magistralement ce thème. J'ai vu The Number 23 il y a loooongtemps, donc je ne me souviens plus de cet aspect, mais plus du mystère qui entourait le nombre. Il y a aussi un film avec Drew Barrymore sous doppelganger que je n'ai jamais vu, j'ai du pain sur la planche, merci!

  3. Hello,

    j'ai vue la bande annonce d'enemy et j'ai cette envie de le découvrir ce film ! Au passage tu viens de me faire découvrir Double qui à l'air bien aussi, et au vue de ta crtitique ça m'intrigue encore plus donc ça me donne encore plus envie de le voir.

    Au passage, je tenais à dire aussi que grâce à toi j'ai découvert Insensible, ce film est un petit bijoux du cinéma espagnol, j'ai vraiment aimer l'histoire on se plonge très rapidement dedans ! Merci encore pour ce partage :)

    Bon comment tu m'a dis dans ton commentaire sur ton précédent article, que tu avais du mal avec tes lecteurs invisible, je me suis dis je vais me laisser aller à écrire, choses que j'aime énormément d'ailleurs.

    Donc oui pour en revenir à ton blog, j'adore toujours y passer découvrir tes nouveaux clichés, ecrits, lieux magique d'urbex, films dérangeant mais géant ! J'ai notament acheter le dvd de Selfish giant, ENORME film aussi celui ci.

    Je ne sais pas si tu connais le réal matthew petock, il a réalisé un film qui s'appelle A little closer, bon j'ai du mal à comprendre, car je ne suis pas bilingue et que je l'ai trouver qu'en vo sous titré anglais, mais faut que je poursuive ce film, d'ailleurs il en réaliser un autre, et ces films sont des tranches de vies d'ados très proches de la nature de ce que j'en ai vue pour l'instant ! A voir et à suivre de près je pense.

    Bonne continuation, bises

    Monster

    1. Hey!

      Quand je dis que j'ai du mal avec l'audience invisible, c'est plus dans l'aspect "ne pas savoir du nombre de gens qui passent et qui ils sont", je trouve ça déstabilisant quand j'y réfléchis et me donne un peu le tournis, ce n'était pas du tout dans l'optique "tout le monde devrait commenter tout le temps pour signaler sa présence", j'apprécie juste qu'une fois on vienne se présenter surtout si on vient fréquemment, comme tu l'as fait finalement! Ne te sens donc absolument pas forcée de réagir quand tu n'as rien à dire, même si moi cela me fait toujours très plaisir d'interagir avec les autres…

      Mais de rien pour les recommandations cinématographiques éventuelles, je suis contente que tu aies découvert quelques films qui te plaisent, je sais que j'ai des goûts qui trouvent leurs favoris dans des catégories parfois "bizarres", je suis toujours enchantée quand quelqu'un comprend mes sensibilités, je me sens comprise et c'est alors un plaisir partagé.

      Tu me diras ce que tu as pensé d'Enemy, je t'avoue que j'ai été totalement sonnée après, je savais pas trop comment rassembler mes idées, un sentiment que je recherche fréquemment et toujours aussi orgasmique (comprendre: de mon côté j'ai adoré!)

      Je ne connais absolument pas le réalisateur/film dont tu parles! J'aime beaucoup l'affiche, c'est déjà donc bien parti, mais il semblerait que le dvd ne soit pas encore disponible, c'est sans doute trop récent? Je tâcherai de m'en souvenir quand il sortira, j'adore élargir mes horizons, merci pour ça!

      Des bisous!

  4. Tiens, je voulais voir ces deux films aussi ! (D'ailleurs, Enemy était le film de clôture du BIFFF cette année.) Je pense que je vais regarder le premier que tu as cité, tiens : 3 En général, j'apprécie toujours ce que tu conseilles !

    1. AAAAHHHHHH MAUDDDDD!
      Ça fait 15 jours que je me dis que je dois t'envoyer un message parce que ça fait beaucoup trop longtemps que je n'ai plus de nouvelles de toi. Comme d'hab', tu rétablis toujours l'ordre à ma place, merci d'être une bien meilleure copine que moi T_T uhuhuhuhu. Je prends déjà conscience de ma nullité, c'est un bon pas en avant, n'est-ce pas? Bref, tu me manques.

      J'ai vraiment fait le BIFFF comme une touriste cette année, bien que je ne suis pas sûre que celui-ci serait bien passé pour moi au milieu des hurlements, je crois que j'aurais pas mal loupé la tension qu'ils voulaient véhiculer…

    2. J'ai regardé Enemy hier et je comprends tout à fait ce que tu veux dire, ça n'aurait vraiment pas été la même chose au BIFFF !

      Rho, t'es adorable, tu sais ça ? Et arrêtes de dire que tu es nulle, ce n'est pas vrai ! Tu es très bien comme tu es. (Et puis c'est comme ça qu'on/je t'aime alors voila.) Pour les news, bhé, j'ai passé un mois de juillet over calme et un mois d'aout over mouvementé. J'ai encore deux semaines à remplir avant la rentrée alors on peut se voir si tu as un peu de temps ! ça me ferait très plaisir : ) Toi aussi tu me manques Jolie Alex !

  5. (han ca fait longtemps que j'ai pas posté ici :o)

    Ça me donne tellement envie de voir Le double ! D'ailleurs je m'apprête à peine à voir Under the Skin que j'en suis déjà tombée amoureuse.

    La peinture de Magritte que tu as posté m'a fait tilté, ça me fait penser à un super court métrage : The Flat de Jan Svanmaker, dans laquelle se trouve cette superbe image : http://31.media.tumblr.com/049467063fa7b13d0a8d1782cf2535f1/tumblr_mg82zdroL41qaxnilo1_500.gif

    1. Oui, comment vas-tu?
      Je n'arrive pas à accéder à ton dernier article, je ne sais donc pas si finalement le titre étaitsynonyme d'enterrement de blog ou de renouveau…

      J'espère que tu aimeras autant Under The Skin que moi! Le double est très bien aussi, et Enemy est tout aussi top, quoi que très différent, bon visionnage!

      Je m'en vais regarder le court métrage que tu cites (merci!)

    2. Tu me diras ce que tu en penses, il est assez compliqué à trouver si je me souviens bien, mais il me semble qu'il est sur viméo ! C'est le genre de petite pépite surréaliste tchécoslovaque des années 70s qu'on trouve par hasard. x)

      Mon blog c'est bizarre, j'ai juste changé l'adresse, et plus personne n'arrive à y accéder ! Tiens, le voici le voilà ^^ http://bordel-etrange.blogspot.fr/

  6. Hello (bis),

    oui j'ai chercher aussi le film en dvd, introuvable, pourtant il est de 2012. Sans doute trop peu connus pour l'instant :(
    Et t'inquiète pas j'avais bien compris pour l'audience invisible ;)

    @+ tard bisous