13 o’ clock

Regarder l’épisode quotidien de LA Ink sur TLC après une longue journée au boulot est devenu un petit plaisir journalier que je n’aime pas rater. Le show est pourtant à des années lumière de ma conception du tatouage dans le fond autant que dans la forme, mais observer une Kat Von D toujours très bien maquillée et superbement fringuée est devenu ma source d’inspiration et de relaxation de début de soirée.

L’autre jour pourtant, un projet de tatouage s’est démarqué du reste, me forçant à arrêter toute autre activité pour écouter pleinement ce que sa future propriétaire avait à en dire. La femme au look joliment burlesque semblait avoir la petite trentaine et était manifestement en surpoids, et venait se faire encrer une horloge représentant ce qu’elle appelait « 13 o’ clock » (traduisible probablement en français par: « La vingt-cinquième heure« .)

Elle expliquait que toute sa vie elle avait mis ses rêves entre parenthèses dans l’attente d’être celle qu’elle espérait un jour pouvoir être, et non en vivant avec la personne qu’elle était réellement. Elle se percevait mince, élancée, imaginait la garde-robe qu’elle achèterait lorsqu’elle aurait perdu du poids et le maquillage qu’elle arborerait lorsqu’elle aurait atteint la silhouette rêvée…avant de percuter très tard que ce moment n’allait jamais se profiler et que la vingt-cinquième heure n’arriverait jamais.

En plus d’être le tatouage le plus intéressant que j’ai vu en plusieurs saisons, ce témoignage a complètement raisonné en moi, me retrouvant beaucoup dans les mots de cette personne. Même si cela va beaucoup mieux depuis quelques années et que je lâche du leste progressivement, je me rends compte que j’ai moi aussi tendance à vivre dans le fantasme de la personne que je serai peut-être dans quelques mois, plutôt que de composer avec celle que je suis actuellement. Je m’endors toujours avec l’espoir de perdre les quelques kilos qui m’empêchent d’avoir l’audace de porter les vêtements que je souhaiterais, d’avoir une longueur de cheveux qui me permettrait de me coiffer comme je le désirerais, ou encore d’arborer les tatouages qui feront que je ne cacherai plus certaines parties de mon corps.

Il m’a fallu ce bref passage télévisé pour me rendre compte que cela faisait 10 ans que j’agissais de la même manière, en me projetant dans une personne que je ne serai sans doute jamais et en essayant d’atteindre un idéal inaccessible, me mettant inconsciemment dans une position de pause et d’attente constante. A défaut de me plaire, j’ai aussi fini par penser à tort qu’en acquérant et accumulant toujours plus de jolies choses elles finiront forcément par me rendre belle moi aussi, m’enlisant progressivement dans la surconsommation et en attribuant la clé de mon bonheur à des objets.

I’m just a would’ve been, could’ve been, should’ve been, never was and never ever will be.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués par le symbole *.

15  commentaires

  1. Vivre au présent, s'aimer tel que l'on est, cesser de courir après l'inaccessible et ne plus combler le vide avec des futilités, c'est ultra dur mais je crois que ça permet d'avancer réellement. J'ai réalisé assez récemment qu'au fond, c'est dur d'être soi-même dans une société qui ne nous vend que du beau et du matériel, mais une fois qu'on y arrive on se sens tellement plus libre. Il y a des tas de choses que je rêver de faire mais pour diverses raisons je ne peux pas, alors plutôt que de fantasmer ma vie, j'essaie juste de profiter du moment présent, et parfois ça suffit à me rendre heureux. Après, rien ne nous empêche d'essayer d'être la personne que l'on rêve d'être, mais faut pas en faire une fixette non plus, comme à peut près tout dans la vie c'est juste une question d'équilibre et de bien être.
    Bref, je te souhaite tout plein de bonheur !

    1. C'est fou, venant de ta part je pensais que tu me dirais justement que ce sentiment serait encore plus accru de ton côté!
      Même si j'ai bien sûr des fantasmes d'existence rêvée comme tout le monde, la projection dont je parle est essentiellement d'ordre physique.
      J'essaie justement d'atteindre cet équilibre dont tu parles, mais je me rends compte que c'est une quête constante et quand je pense l'avoir atteint un élément vient forcément le perturber, et qu'au final je finis toujours insatisfaite…

  2. Est-ce que ça débouche sur des actions futures ? des changements ?

    1. Non, c'est ça qui est malheureux! J'aurais aimé clôturer sur un note " Maissss dès à présent tout va changer grâce à une super méthode expérimentale d'appréciation de soi que je vais vous partager!". Je crois que je suis dans ce schéma pour de bon et qu'objectivement cela va perdurer toute mon existence.

      Some people wait all week for Friday, all year for summer, and all their life for happiness.

      Je crois que suis dans les "somme people."

  3. Cette réalisation me fait penser à une de celles que j'ai eue en lisant pas mal de bouquins de productivité et d'organisation en début d'année. Un des apanages des procrastinateurs est de se nourrir de ce sentiment de bien-être procuré par l'imagination de ce qu'on sera demain. En rêvant à quel point on sera beau, productif et parfait, notre cerveau ne fait pas la différence avec la réalité présente et donc sécrète des composés chimiques qui nous apaisent, car il perçoit ce bien-être qu'on se projette sans réaliser qu'on ne le vit pas réellement. On finit par ne vivre que dans cette illusion perpétuelle, puisqu'elle nous fait nous sentir bien, sans jamais agir pour la concrétiser. Je me reconnais beaucoup dans ce schéma que j'apprends doucement à déconstruire, et ta réflexion m'y fait justement écho.

    1. Mmhhhh, c'est étrange parce que je me souviens t'avoir lu affirmer que tu ne voulais rien vouloir modifier chez toi et t'exprimer mon désir de pouvoir ressentir la même chose! Peut-être parles-tu d'une insatisfaction sur les actions plus que sur l'apparence?

    2. Effectivement, je n'avais pas saisi la subtilité ici que tu te concentrais sur l'apparence, projetant trop sur moi le contenu qui résonnait surtout au niveau de mes actions ou plutôt leur absence parfois (je n'ai pas bu de café ce matin encore donc mes phrases ne sont pas très structurées). Du coup ressens-tu aussi cette frustrations dans tes actes ("j'aimerais tant être la personne qui fait ça et ça et ça et au lieu de ça je me sens nulle à faire que ça") ?

  4. Amen ma sœur!
    Je me retrouve complétement dans ton discours. Sauf que mon cas se rapproche plus du domaine du travail et de la reconnaissance professionnelle – je pense cependant que je ne m'en préoccuperais pas autant si je ne galérais pas autant financièrement.
    Faire des études d'un certain acabit dans l'espoir d'avoir un job de rêve et enfin vivre de sa passion et se retrouver comme un gland sans rien, pour se voir contraind de retourner faire les petits boulots de me*rde! Frustration mon amie.
    Cela nous ramène sans cesse à douter de nous, de nos capacités et de l'image que nous renvoyons à autrui. Parce que même si l'avis des autres nous importe peu, ces derniers se permettent néanmoins de venir juger ta vie sans avoir été sollicité.

    Le truc avec les rêves c'est que lorsque tu les analyse proprement, tu te dis qu'ils n'ont rien d’irréalisables (je veux juste être infographiste/photographe/aviateur, je veux juste perdre du poids, sortir un livre, etc…), mais quand tu vois que tu t'enlises dans un éternel avant-réalisation, le bas blesse.
    S'apprécier dans la simplicité demande beaucoup de remise en question, ce n'est pas compliqué, mais les rêves demeurent et qui sait quand on y pense plus, ils se réalisent sans que l'on ait vraiment fait attention.

    Tu es déjà une personne extraordinaire, tu ne le réalises peut être pas à travers tes propres yeux, mais c'est sans doute parce que chacun est le plus mauvais juge de soi-même.

    1. Au niveau professionnel je dois admettre avoir complètement abdiqué. Je me suis fait une raison et même si je suis souvent en colère j'ai vite laissé mes idéologies au placard et appris à me contenter de ce que j'avais, même si la reconnaissance est comme toi un point clé de mon épanouissement dans le monde du travail.

      En regardant un film de Lars Von Trier hier une phrase a attiré mon attention " What mind can concieve and believe it can achieve". Je me suis dit que c'était sans doute vrai, même si je sais que je n'aurai jamais la force de rendre cet adage réel dans ma propre existence.

      Merci! Ce n'est pas tellement une lamentation mais plus une constatation.

  5. oh ! tu vois, je n'aurais jamais pensé que tu aurais pu avoir envie de perdre du poids !

    ça par exemple, comme quoi, on est toujours loin de voir les autres comme ils se perçoivent !

    je ne sais pas si c'est le même épisode auquel je pense auquel tu fais référence, mais, il y a quelques parcours de tatoués qui m'avaient parlé à l'époque…

    en tous les cas… il y a une phrase que j'essaie de me rappeler assez régulièrement … bon évidemment, là, je n'arrive plus à m'en souvenir, mais ça dit un truc du genre que c'est quand tu attends que ta vie arrive qu'elle passe…

    ça me rappelle un peu les commentaires sur l'article de Limy où elle disait son mal être qu'elle a pu ressentir vis à vis de sa propre vie en regardant celles des autres sur insta ou youtube et cie !

    en fait, on cherche peut être trop à vivre des trucs qui ont l'air trop cool chez les autres, sans peut être assez faire attention à ses propres envies ?

    ce qui est étrange, c'est que ton message est à des années lumières de ce que j'aurais pensé que tu penserais de toi-même vu comment je trouve que tu es intéressante sur ton blog et irl !

    souvent, je regarde des vieilles photos et je me dis, ah ouais, j'avais fait ça et ça de trop cool et ho, j'étais super mimi là et ici… on est ptêtre définitivement un peu couillons avec nous même !

    1. Oh oui, je me fais toujours réprimander quand on me pose des questions sur mon alimentation qui semble souvent limitée pour certains et que je leur dis que "je la surveille". C'est certain que d'un point de vue objectif je ne dois rien perdre, mais le fait est que j'affectionne un certain aspect morphologique que je ne possède pas et que je rêve toujours secrètement d'atteindre… Ce fût le cas une fois il y a quelques années lorsque j'allais à la salle de sport intensivement ce qui n'est plus le cas aujourd'hui et je n'arrive pas à trouver le courage ni le temps d'atteindre de nouveau ce statut physique qui me plaisait tant…

      J'avais beaucoup aimé l'article du chat mécanique mais ici ce n'est pas une comparaison avec autrui qui me rend malheureuse, ce sont mes propres standards que je dois revoir à la baisse me concernant pour cesser d'être déçue par mon reflet.

      Merci pour tes gentils mots en tout cas <3

  6. Ah je me décide à commenter, ton article. Je l'ai lue hier soir, et j'ai attendue d'y reflechir pendant plusieurs heures avant de me décider à commenter. Tout simplement car je me retrouve totalement dans ce que tu dis.

    J'ai tendance à attendre qu'un truc se débloque chez moi, mais ça ne sert à rien je crois d'attendre, je pense que la solution est dans l'action. Et pourtant dernièrement je prend le taureau par les cornes. Par exemple, j'ai beaucoup lutter et souffert, pour aller à ce premier atelier d'écriture, puis finalement, j'en suis ressorti que plus heureuse et contente d'avoir fais ce cheminement. C'était pourtant pas compliqué d'aller à un atelier d'écriture pour le commun des mortels. Pourtant pour ma part c'était une montagne à gravir échelon par échelon, et j'ai réussi, maintenant je n'ai qu'une hâte c'est d'être jeudi soir et faire cette atelier.

    Ensuite ton article me fait aussi rebondir sur un truc, on est rarement satisfait de ce que l'on a au final. On en veux toujours plus, on tape dans la surconsommation, en croyant parce qu'on nous le fais bien croire, qu'on sera mieux, et non, ce n'est pas la clé de la porte du bonheur !! J'esssaie de moins consommer, de moins faire de virer "achatcompulsif" car la majorité de mes achats sont compulsifs malheureusement. Bref, c'est une durs lutte à mener à bien !

    Ceci étant dis, je voulais te dire, que je trouve que tu es une très belle personnes, qui partage avec enthousiasme son taf en photo ou autre, et qui partage avec brio ce que tu aimes. Ca c'est formidable, je trouve.

    bisous

    Monster

    ps: j'attend ton mail avec impatience ^^

    1. C'est super de lire que contrairement à moi tu prends des décisions pour débloquer ce que tu laisses depuis trop longtemps en attente. De mon côté c'est un peu une plaie, j'essaie tellement de choses dans l'espoir de trouver quelque chose qui me parle et que je pourrais retranscrire dans mon quotidien et au final je ne poursuis et n'approfondis aucune d'entre elle, dépitée de ne pas avoir de mojo ou de me découvrir un talent inné.

      Le mail viendra, je suis désolée je suis dans la période noire au travail pour l'instant, les mails s'entassent sans que j'arrive toujours à leur donner suite et je mets des priorités dans mes activités qui ne sont pas toujours logiques ( poster des articles avant de faire ma vaisselle par exemple ;-)) Mais je ne t'oublie pas!

  7. En lisant cet article, mon cerveau vient de faire le lien entre "apprendre à me contenter de peu" et "vivre au présent".

    Je n'ai jamais eu de grandes ambitions concernant ma personne. Certes, j'envie de temps en temps tel ou tel être humain, mais leur ressembler n'a jamais fait partie de mes objectifs (puisque je pars déjà perdante). Mais je n'ai jamais été aussi apaisée et "bien dans ma tête" que ces derniers mois où je pousse chaque jour de plus en plus loin la quête du minimalisme. Ca semble vraiment naze dit comme ça, mais d'après mon expérience, il est vrai que moins on possède, moins on s'attache aux choses matérielles et plus on a de temps pour concrétiser des actions ayant pour but de se rapprocher de la personne qu'on veut être. Le lacher prise vient tout seul au bout d'un moment, c'est assez génial ^.^

    Comme les autres, je suis assez surprise de lire tout ce que tu te reproches, puisque tu es une source d'inspiration pour tes lecteurs qui semble inépuisable !

    1. Je suis vraiment heureuse de lire que tout va bien pour toi, Musti, je t'avoue que tes derniers posts et des absences semblaient parfois dire le contraire!
      Comme quoi les apparences sont trompeuses…

      Je n'envie pas vraiment qui que ce soit et je ne veux ressembler qu'à moi-même, mai c'est un tâche bien plus difficile qu'il n'y paraît. Mon corps me dicte une idée que je n'arrive pas toujours à créer ou à suivre et cela me rend malheureuse puisque j'ai toujours décidé de l'écouter. Je suis triste de vouloir me faire des tresses mais de ne pas pouvoir à cause ma coupe, de vouloir porter des pantalons dans lesquels je ne rentre pas ou de vouloir me maquiller différemment mais ne pas pouvoir l'assumer.

      Merci pour ta sincérité <3