SUMMER DIARIES #7: MIDGARDSBLOT

Le Midgardsblot s’est maintenant déroulé il y a un peu plus d’un mois et il est grand temps d’en parler. Je ne vais pas tourner autour du pot et dire les choses telles qu’elles sont: c’est de loin le meilleur festival auquel j’ai assisté jusqu’à présent. J’y ai retrouvé tout ce que j’aurais pu souhaiter et bien plus encore, une recette fabuleuse mêlant tradition, musique, art, culture et nature. Le Midgardsblot près d’Oslo n’est pas qu’ un festival de metal, c’est un marché médiéval, un lieu de culte et d’expositions, une plaque tournante de débats, de démonstrations et d’histoire(s), un renouement avec la famille et une ode au paganisme.
Un peu déçue de ne plus avoir suffisamment de jours de congés pour assister à l’entièreté de cette première édition, j’ai raté Wardruna le jeudi soir à mon plus grand déplaisir, et nous sommes arrivés le vendredi matin après nous être installés au camping Lovoya de Horten dans notre petite hyttre qui est devenu mon mot préféré en plus de ma manière favorite de séjourner, je dors manifestement du sommeil du juste dès que je suis dans un cabanon en bois. Toujours un peu trouillarde du camping proposé par le festival même, j’ai donc opté pour m’éloigner un peu des festivités mais fût pourtant très agréablement surprise en découvrant que seulement une trentaine de personnes séjournaient sur place à l’ombre d’un bosquet…et au bord de l’eau! Ce qui laisse matière à réfléchir pour les années suivantes…

Nous arrivons sur le site du festival en 10 minutes seulement et nous garons dans un champ à proximité où s’y trouve à peine une vingtaine de véhicules. C’est en croisant les organisateurs affalés dans l’herbe en train d’accueillir les premiers venus que je percute à quel point le week-end sera intime et convivial et à des années lumière de l’attroupement massif que j’avais imaginé. J’étais en effet persuadée qu’il y aurait beaucoup plus de monde au vu de la génialité du programme proposé et que l’enthousiasme que je ressentais ne serait sans doute qu’un sentiment (trop?) partagé. J’avais d’ailleurs pris mon courage à deux mains en demandant pour la première fois un pass photo pour essayer de prendre des clichés de groupe corrects sans me retrouver à des kilomètres dont je n’ai eu finalement quasiment aucune utilité, me retrouvant sans devoir jouer des coudes à tout moment au premier rang.
Nous attaquons la matinée avec une visite très privative avec une guide du centre historique de Midgard où se trouve certains vestiges d’orfèvrerie viking, et des images d’archives du bateau de Oseberg qui a été déterré non loin de là avant d’être acheminé jusqu’Oslo. Un de mes grands regrets de ce voyage était qu’il serait d’une très courte durée, j’avais eu le petit espoir de visiter le dimanche le musée sur les bateaux vikings et celui sur la culture norvégienne, mais les horaires d’avion étriqués ont manifestement remis cette expérience à une prochaine fois, attendant patiemment un nouveau prétexte pour m’envoler. En attendant ce moment avec impatience, j’ai absorbé chaque information avec passion et en ai profité pour en découvrir d’avantage sur notre guide d’origine polonaise qui me confia qu’elle avait appris le norvégien en imitant une présentatrice du journal télévisé.
Bateau de Oseberg
On enchaîne immédiatement avec la projection de teasers du documentaire « Blackhearts » que j’attendais avec impatience, le caractère couillu et houleux du contenu m’intéressant énormément. Son réalisateur a en effet décidé de se concentrer sur des fans de black metal bien spécifiques : il y a d’un côté ce groupe grec qui est intimement lié à un parti politique aux idéologies néo-nazi, et de l’autre ce musicien iranien qui peut être enfermé à tout moment dans son pays s’il décide de jouer publiquement.
Les premiers font partie de cette catégorie qu’on appelle « les blackpackers« , des fans ultimes du genre qui se rendent jusqu’en Norvège pour retracer les lieux de passage de leurs idoles, pour se rendre compte un peu déçus sur place qu’on ne craque pas des allumettes à tout va et que le soir tombé les gens ne sortent pas grimé d’un corpse paint. Je regrette vraiment que la bande-annonce complète ne soit pas disponible tellement elle était en tout point géniale et qu’elle capturait à merveille les attentes des protagonistes contre la réalité, outrés de tomber sur des norvégiennes déguisées en Père Noël sexy ou sur les figurines de trolls de mauvais goût dans les magasins de souvenirs, se confrontant à une vision qui était à des kilomètres de celle qu’ils avaient imaginé.
L’iranien Sina était présent et m’a émue aux larmes. Son témoignage m’a vraiment bouleversée et je suis ressortie un peu pantelante, ne mesurant pas jusqu’à l’entendre de la chance que j’avais d’être dans un pays où j’étais libre d’exprimer et d’exhiber mes préférences musicales au point d’en faire en quelque sorte ma religion. Même si j’étais soulagée d’apprendre que la Norvège le recueillait et était devenue sa terre d’accueil, je suis ressortie avec le coeur en compote et je suis allée me coller aux barrières du premier rang pour célébrer son deuxième live dans le pays lorsqu’il est monté sur scène avec son groupe « From the vastland« . Le documentaire est prévu pour janvier 2016.
Nous nous rendons par la suite dans le Gildehallen juste à côté de la main stage, pour y découvrir une reproduction magnifique du hall des festivités qui s’érigeait à l’époque quelques mètres plus loin. C’est là que je vais assister à ma première « Guitar Clinic » avec un Ihsahn d’une noblesse et d’un charisme étourdissant. J’avais peur de ne pas du tout être à ma place à ce workshop n’étant pas musicienne pour un sou, mais j’ai pourtant pris un véritable plaisir à l’écouter parler de son parcours, de ses techniques de composition, complètement captivée par ses démonstrations et ses improvisations. Le reste de la journée se déroule avec des concerts assez fabuleux d’Acyl, Einherjer et Ihsahn sur scène cette fois-ci, et je rentre me coucher sereine avec l’impatience du lendemain.
Le samedi démarre comme le vendredi avait commencé, avec une visite culturelle dans le parc de Borre Mound où se trouve toute une série de talus assez curieux qui s’avèrent être des tombes qui n’ont pas encore été explorées, attendant patiemment des technologies futures qui permettraient de préserver la qualité du contenu lors de l’excavation. Alors que notre petit groupe matinal en apprend énormément sur les traditions funéraires et les croyances nordiques en cas de deuil, sous nos pieds se trouve peut-être les morcellements d’un navire d’époque ou les cadavres d’une noblesse viking éteinte il y a quelques milliers d’années.
Gildehallen
On enchaîne avec la Bass Clinic de Steve DiGiorgio qui m’a énormément plu! L’homme était impressionnant, jovial, magnifique et extrêmement doué et m’a permis en quelques heures de développer une oreille beaucoup plus attentive et aiguisée à un instrument qui passe malheureusement souvent au second plan lors de mes écoutes. Seb qui connaît son parcours par coeur et qui était avec des étoiles plein les yeux dès son entrée dans le hall n’a pas tari d’explications sur sa carrière, m’éduquant sur des grosses lacunes musicales que je traîne depuis longtemps. Il m’a proposé d’écouter du Death lors de notre retour à 3 heures du matin vers l’aéroport d’Oslo pour me familiariser avec le passé de DiGiorgio, et je me suis fait la réflexion que c’était le meilleur groupe que j’avais entendu depuis très longtemps, développant une obsession un peu maladive pour eux les semaines qui suivirent. Hourra pour une Aleks moins teubé.
Après quelques bières du groupe 1349 pour Seb et une dose indécente de tapas de mon côté, le live de Myrkur débute sous mon regard amoureux. J’y découvre une femme particulièrement étrange, vulnérable à souhait et presque un peu autiste sur les bords. Je suis hallucinée par ses capacités vocales et touchée par ses passages au piano. J’apprends sans surprise en rentrant qu’elle est une asociale maladive qui déteste donner des interviews et tourner pour se produire sur scène, et mon obsession ne fait qu’accroître envers elle, grande adepte que je suis des gens mal à l’aise socialement.
Mon plus gros coup de coeur du festival, c’est Kampfar. Je les connaissais plus de notoriété que de son, et il n’a pas fallu deux morceaux pour que je sois complètement convaincue de bout en bout. Le chanteur possédait une prestance que je n’ai jamais rencontrée jusqu’alors, maîtrisant sa scène sur le bout des doigts, m’hypnotisant du début à la fin! S’ensuit une petite pause de caresses de chèvres, de balades en forêt, et de baignade improvisée avant d’attaquer le gros morceau de la soirée.

Le concept du Midgardsblot, c’est de faire progresser le festival dans l’extrême, celui-ci se clôture donc sur le show très attendu de 1349, la sécurité informant notre petite troupe de photographes que nous n’aurons accès qu’à certains morceaux au risque de mourir brûlés vifs. Aoué. En milieu de show je suis allée me servir un coca et en revenant dans la fosse, je me suis fait la réflexion que leur son piquait quand même méchamment, il m’a fallu sortir de l’univers et y rentrer à nouveau pour me rendre compte de l’ampleur de l’amertume qui se dégageait des enceintes.
Un peu frigorifiée, nous nous réchauffons dans le Gildehallen pour la dernière prestation de la soirée dont nous ne verrons malheureusement pas grand chose, exténués par la fatigue et par les deux heures qu’il nous reste à dormir avant de prendre notre avion. J’ai pris le temps de me renseigner sur ce que faisait Attila Csihar à mon retour, et j’ai été saisie par tant de créativité scénique, l’effort que l’homme impute à ses costumes est tout simplement bluffante, et j’espère revoir ça dans d’autres conditions un jour futur. 
Attila Csihar
Avant de quitter pour de bon les terres magiques du Midgardsblot, nous discutons avec un autrichien qui capte rapidement que nous sommes sans doute les seules personnes à parler français avec lui de tout le troupeau, et nous partageons quelques souvenirs de festival et nos tops respectifs. De fil en aiguille, j’apprends qu’il est dans l’armée et survit avec 700 euros par mois et qu’il a pris ses seuls jours de congés sur l’année pour venir au festival. Je suis repartie avec le coeur lourd et de la mélancolie plein la tête, je ne sais pas combien de tremblements émotionnels il va me falloir encore pour saisir les privilèges que je possède et que d’autres n’ont pas pour enfin cesser d’être tellement critique, plaintive ou insatisfaite.
Pour terminer sur de l’insatisfaction, j’ai beaucoup remis en question ma photographie à Oslo, que je trouve toujours trop médiocre à mon goût. Voir tous les photographes travailler sur un même projet et découvrir leur point de vue par la suite était une leçon merveilleuse, même si les plus beaux clichés postés par les autres soulignaient cruellement mes échecs et mes limites. Je vous laisse avec ma préférence et les images splendides de Ola Flaten et en espérant avoir rendu justice à un festival d’une qualité exceptionnelle dont tout l’événementiel musical devrait selon moi s’inspirer, pour un monde meilleur.

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17  commentaires

  1. C'est ce genre de marché/festival qu'il manque en France. Ici tout est trop "touristique", j'trouve qu'il n'y a pas assez de passion, tout est là pour faire du fric et ça me désole un peu. Même si c'est pas le pays du black metal, ou du folk par excellence, jpense que c'est dommage.

    Ça m'tente bien le docu, faudra que j'y jette un oeil quand ça sortira.
    Attila, c'est bien le mec de Mayhem ? J'ai comme un doute…

    1. Il me semblait avoir vu récemment que le Ragnard Rock festival en France avait l'air sympa? Peut-être pas autant que le Midgardsblot, mais il semblait y avoir une atmosphère assez similaire, je me demandais si ça vaudrait le coup de se déplacer…
      Attila = Mayhem, c'est bien cela!

  2. Bon, il ne fait plus aucun doute que je dois aller à ce festival. Ça a l'air complètement génial.

    Et pour ce que ça vaut, tes photos me touchent bien plus que celles d'Ola Flaten !

    1. Merci ^_^

  3. Je trouve tes photos une fois de plus superbes, Avec un énorme coup de cœur pour la toute première que je trouve complètement dingue! Et je jalouse ton tatouage réalisé par Léa Nahon, pas besoin de le voir en intégralité pour deviner qu'il est magnifique :-)

    1. Merci beaucoup!
      Le tatouage n'est toujours pas fini d'ailleurs, il faut que je me sorte les doigts du cul pour clôturer ça cette année!

  4. Il me semble que c'est la première fois que l'on voit ton tatouage sur ton blog, magnifique !
    Comme tes photos d'ailleurs mais ça, il était à la limite inutile de le préciser car c'est habituel !

    1. Ahhh tant de compliments, c'est gentiiiiiiil <3

  5. je te trouve d'une sévité presque obscène concernant tes photos qui ne doivent jamais(Ô Grand Jamais !) être comparées. Mention spéciale pour la première du post qui m'a grave accorché, même si je réponds tard. J'aime aussi beaucoup celles de Seb qui font ressortir ce côté "gamin merveilleux et candide" dans le sens le plus complimenteur du terme.

    J'aime vraiment cet article parce qu'il me donne envie d'aller rejoindre cet endroit pour voir ce que reflètent tes mots et photos.
    Steve DiGiorgio semble avoir participé à tout plein de groupe donc quand tu dis que c'est le meilleur groupe tu parles duquel ?

    PS: J'ai beau être un grand amateur de fromage je ne comprends pas. Je ne t'ai pourtant rien fais de mal pourquoi chercher à me tuer ? Après avoir essayé de l'apprécier tel quel j'ai tenté de le faire fondre pour lui donner une deuxième chance: ce fromage ne fond pas. CE N'EST PAS NORMAL. Je suis donc arriver à la conclusion sans appel que non, ce n'est pas du fromage.

    1. C'est quoi une sévité?
      C'est toi qui est obscène fieu!
      Seb a apprécié ta remarque au passage.
      Je parle de "Death", il y a un morceau intégré dans l'article, mais vu que mon blog se suicide fréquemment face au contenu, peut-être que tu ne vois pas :) ?

      P.S: Tu n'es pas digne des chèvres norvégiennes. Un point c'est tout. J'ai vomi aussi. Il n'y a que Seb qui mange ça a la petite cuillère et qui essaie de m'embrasser à pleine bouche juste après, avec les dents toutes brunes.

  6. AH OUAIS. Du festival de qualitay comme je crois que j'en ai jamais vu de tel : ÇA DONNE GRAVE ENVIE.

    Ta réflexion sur la photo me renvoie à cette convention geek à laquelle j'ai assisté dimanche où je me suis sentie complètement infoutue de prendre un seul cliché correct rendant compte de l'ambiance de l'endroit, et ma frustration était infinie et me pèse encore aujourd'hui alors qu'il y avait masse de sujets géniaux et de cosplayeurs qui ne demandaient qu'à être photographiés – j'étais extrêmement vexée d'avoir un terrain de jeu photographique rêvé et de ne pas savoir en profiter. Je me demande énormément ces temps-ci : que puis-je faire pour progresser ? C'est une question de technique ? De feeling ? De talent ? De pratique ? Je n'ai aucune idée de vers où me diriger pour travailler là-dessus, et ça m'énerve beaucoup car l'envie et la passion sont là. Par contre, comme le dit K si bien, zappons tout de suite cette flagellation de comparaison qui n'apporte rien sinon une couche d'autorabaissement bien trop forte sur cette frustration déjà bien intense. Par exemple j'adore immensément ta photo de la petite fille au grand sourire et au casque, et celle-là, aucun autre photographe ne l'a prise.

    K > J'ai galéré à comprendre que la sévité n'était pas un concept qui m'échappait mais un souci de clavier plutôt ^^ Quant au fromage… Ouais. Vraiment désolée mais on n'a pas pu, je le range à côté des fromages corses qui puent tellement qu'ils semblent ramper dans ton assiette. Sauf que là, le fromage brun, c'est traitre : il ne pue pas mais déploie tout son potentiel en bouche ! Juste incroyable :D

    1. Pour la photo et le Facts en l'occurrence, il n'y a aucune question à te poser et tu ne dois pas te remettre en question du tout. Je trouve que tu t'es vraiment bien débrouillée pour le coup, c'est impossible d'avoir une bonne photo, la lumière dégueulasse des hangars, le nombre de personnes au mètre carré, les parasites visuels qui envahissent ces lieux ne permettent pas de faire un reportage photo digne de ce nom. Je rentrais frustrée et dépitée comme toi avant de comprendre que les conditions et la surpopulation étaient à blâmer et pas mes capacités!

      Ah! Je relis ton commentaire après, j'arrête donc de chercher la signification de "sévité" et de me sentir débile. Qu'a-t-il voulu dire dans ce cas? Sévérité? On ne le saura jamais!

      Belzébuth te renierait. Le fromage brun, c'est la vie!

    1. Inspiré pour ta part de Nibbles, de mon côté Lisbeth Salander ;-)

    2. haha, Lisbeth se fait une tresse comme ça a un moment donné ?

      t'façon, miss Salander c'est une inspiration perfect !
      d'ailleurs, en ressortant mes quelques rares BD pour les laisser dans un nouvel endroit à Bordeaux bien chouette, je suis retombée sur le tome de millenium que j'avais acheté et que définitivement je trouve peu utile dans cette saga (comme l'a été le tome IV nouvellement sorti, avec certains détails qui m'ont fait hurler…

      on peut pas foutre la paix aux morts un peu ? et leur laisser leur travail accompli sans râbacher des trucs inutiles par dessus ?

      oups, on parlait cheveux :)
      nibbles dans son tuto de comment coiffer une mohawk, montre plein d'idées auquel j'avais pas forcément pensé ! ça aide bieng..

  7. Lacryma

    Je retrouve (et redécouvre!) ton blog avec plaisir, après des années :)
    Super article, avec des photos magnifiques, qui nous met bien dans le bain! J'adore ce genre de festival, qui ne se limite pas à la musique, mais par contre j'ai toujours du mal d'aller en festival à l'étranger : j'ai toujours l'impression que je devrais visiter le pays à la place ^^. Et ce documentaire, je vais surveiller de près sa sortie.

    1. C'est gentil ça, surtout que je trouve que la qualité de ce blog tombe dans les précipices de la nullité et que je pense fréquemment à l'arrêter, je suis contente de lire que cela peut encore émerveiller certains…