ENCYCLOPEDIE DU SAVOIR ABSURDE ET INUTILE #3

Ces derniers temps, c’est l’éveil musical. Je glisse facilement chaque semaine un nouvel album dans ma liste de favoris. Une abondance inespérée et des écoutes incroyables qui me donnent perpétuellement l’impression de n’avoir jamais rien aimé de tel jusque-là. Mon répertoire actuel se compose majoritairement de folk et de black metal, et c’est ce dernier que je vais creuser dès à présent pour la troisième publication de l’encyclopédie du savoir absurde et inutile,discutant de quelques groupes coup de coeur aux étymologies pleine de surprises et de secrets. 

Cailleach est groupe de black metal néo-zélandais et suédois qui se démarque par ses quelques touches electro inattendues. Dans la mythologie gaélique, la Cailleach est une sorcière divine, une déesse mère et divinité du climat, la personnification des forces élémentaires de la nature surtout dans leur aspect destructeur. Elle représente l’hiver, guide les cerfs et gèle le sol de son bâton qu’elle balade tel un sceptre. En Écosse, on attribue à ce personnage la création de nombreuses montagnes et vallées. On dit que les collines ont été formées quand elle traversa le pays en semant par erreur des pierres tombant de son panier,et qu’elle se transforme chaque année en rocher jusqu’à la fin des jours d’été.



Rocher Cailleach, Ecosse.



« Ethereal, the sorrows touch on landscapes, dying in the bleak light reflected by a dead solitary rock. Deep within the forest, beneath the winter sky, I breathe the scent of barren trees as I follow a path.Far beyond the ancient mountains, long across the futile fields. On the other side of fraudful ponds and frozen streams. Rooted ‘neath the deceiving mire, here grows the tree of immortality.Once thriving, with branches reaching the sky. Now forgotten, it tries to hide the splits in its bark.I sink down through the moss, and the further down I go the more I feel its roots grip around my limbs. Sick from evisceration, the tree has treaded into a never-ending wither. I am pierced by its roots, and it drinks the liquid exuded from my wounds.My mind is weakening, the loss of blood takes its toll. The tree can no longer nourish. In my last moments I mourn the drying tree. Never again will it flourish and reach for the sky. As I am ending the tree is treading back, into its never ending process of withering. Immortality only means to be dying for eternity. »

Downfall Of Nur est un projet argentin solo et est probablement mon grand favori de toute la liste évoquée de cet article. J’adore son côté mélodique et l’utilisation de flûtes et de violons qui soulignent son aspect tantôt folk, tantôt épique pour un résultat puissant et organique. Le groupe est inspiré de la culture nuragique qui apparaît en Sardaigne au cours du premier âge du bronze, et ce nom dérive de son monument le plus caractéristique : le nuraghe. Cette même culture s’est étendue également en Corse, où l’on en trouve trace en maints endroits.Le nuraghe typique a la forme d’un cône tronqué et ressemble de l’extérieur à une tour médiévale. Ils pourraient avoir servi de temples, d’habitations, de forts, de lieux de rencontre ou toute autre combinaison de ces possibilités. Les nuraghes abritaient également dans leurs enceintes les Domus de janas (maisons des fées ou des sorcières), des sépultures de l’époque préhistorique, creusées dans la roche, que l’on trouve dans toute la Sardaigne. Elles ont été utilisées à des fins funéraires Les légendes populaires racontent qu’elles étaient habitées par des fées qui tissaient des toiles en or. Tous ceux qui s’en approchaient devenaient fous.

Barumini, Sardaigne.

« Torn by sacred trees placed on the white stone by the oldest man of her people.Here is were we come to pray. The smell of blood and smoke, it spreads through the forest,a thousand horns sounds in salute to the new king.In the eyes of the druid,a sacred fire burns eternally.He can see inside the woods,the Golden Age over this land.For over a thousand years the Gods had protected us. Our Mother gave animals with forests and sacred rivers.Ancestral towers beyond the forest, the pillars of (the) Universe, the Pantheon of the oldest Gods, which now rest in their golden thrones. Threatened by the arrival of the invader, more than one thousand sons of Nur gave their lives, to defend the great sacred temples,that someday will arise in the light of the Gods. »

Phurpa est un groupe russe qui s’inspire et reproduit d’anciennes traditions tibétaines et livre une musique très intense et des performances impressionnantes soutenues par un chant guttural ahurissant. Le nom du groupe vient de la déité bouddhiste Vajrakilaya qui tient dans ses mains un phurpa, une dague rituelle tibétaine. Sa forme la plus courante est celle d’un heruka à trois têtes (une déité masculine très importante dans les arts de yoga supérieur), six bras et quatre jambes. Sa pratique méditative s’avère particulièrement efficace pour annihiler les obstacles de toutes sortes. Les trois faces de la dague symbolisent la destruction de l’ignorance, de l’attachement et de l’aversion, ainsi que la maîtrise des trois temps et des trois mondes.

Phurpa

« བོད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ  ་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞ  བོད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ  ་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞ བོད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ  ་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་  » 


(oui, j’ai copié collé n’importe quoi.)

Le groupe Windir voit le jour à Sogndal dans les années 90 et est créé par le membre Valfar. Leur son particulier tient sans doute de l’utilisation d’instruments assez inattendus pour le genre (un accordéon? oui pourquoi pas), l’aspect plus nébuleux et parfois astral du projet m’a immédiatement séduite. Le nom Windir signifie « guerrier » dans un ancien dialecte nordique utilisé dans la plupart des textes, appelé le Sognamål. De celui-ci découle le genre « sognametal » qui inspira de nombreux groupes de la région de Sogn og Fjordane. En guise d’anecdote, le chanteur et compositeur Valfar est porté disparu au début des années 2000, son corps est retrouvé dans la vallée de Sogndal, mort d’hyporthemie, alors qu’il essayait de rejoindre à pieds la cabane de l’un de ses ancêtres.

Sogndal, Norvège.

« A vague shadow lurking in the dark, a sane man’s worst nightmare, a vision containing death, as a wake in honour of himself. For equal sane mortals, it’s a nightmare becoming real. But I, I see it as the final clause of a neverending deal, I embraced my vision, as it was common for me. A fate, a destiny, an inevitable early death. Finally I’m dead, And the vision is revealed for everyone else.« 

Panopticon est de nouveau le fruit d’un travail solitaire. Originaire du Kentucky, le groupe se caractérise par un son black atmosphérique aux résonances tantôt folk, tantôt bluegrass. Le nom est tiré du panoptique, un type d’architecture carcérale imagine à la fin du 18ième siècle par les frères Bentham. L’objectif de la structure panoptique est de permettre à un gardien, logé dans une tour centrale, d’observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s’ils sont observés. Ce dispositif devait ainsi créer un « sentiment d’omniscience invisible » chez les détenus, ne sachant jamais quand ils sont surveillés. Le projet se solda par un échec.

Modèle de panoptique.

« As the water passes over the rock bed, so gentle and quiet,you can hear their cries in the crashing water. Bodies dashed against the rocks below where ghosts at the galls roam. The blood stained soil, their ancestral forest…Where only trees now know of the horrors seen here. Forgotten. A nation left to weep, like spilling water over the falls.The water passes over stone, falling so far below.Split blood and splintered bone where cherokee ghosts roam.Pale faces in the mist, demons who claim the mountains,treading beneath looming cliff. The cool, still air permeating your skin.The rhythm of the water pounding the forest floor whispers to us with the voices of proud warriors overcome.The treaty was broken, the land has been stolen. THE FOREST IS HAUNTED. Softly whispering in the dead air.The blood stained stones in the deep.Morosely contrasting against appalachian green. Flows into the river, whisked away. Vengeance was claimed on that day. Bullets for every pale face. The price owed could never be paid.Sorrow fills the air where tribal souls sleep beneath the cliffs where ywahoo falls forever weeps…« 

Csejthe est un groupe canadien qui s’inspire de l’histoire d’Elizabeth Bathory. Le nom « Csjethe » est d’ailleurs celui du château qui lui fût offert en cadeau de mariage et dans lequel elle a torturé et assassiné de nombreuses personnes, faisant d’elle la tueuse en série la plus prolifique de tous les temps. La légende veut que la comtesse ait été condamnée à être emmurée dans la chambre de son château, ce à quoi elle se serait pliée sans résistance, et que le nombre de victimes extraites de ses murs se comptèrent par centaines. Le château se trouve en Slovaquie et s’est aujourd’hui transformé en réserve naturelle entre autres grâce aux plantes qui l’entourent, étant manifestement des spécimens assez rares.

Csjethe, Slovaquie.

« Allez récolter le sang bleu. Cherchez ces vierges au sang bleu.Comprenez ceci,mon corps se flétrit.
La puissance de ce sang nouveau, me gardera éternelle.« 

Et le plus bizarre pour la fin, NYIÞ (se prononce « niche ». Non c’était une blague.) un groupe occulte islandais dont il est assez dur de récolter des informations. En plus de leur immense étrangeté, j’ai été fortement attirée par leur logo qui ressemblait en tout point à une rune magique. Je ne la connaissais pas encore jusqu’à présent et c’est bien dommage puisqu’elle est loin d’être inintéressante.  De son nom « Stafur til að vekja upp draug« ,elle sert à  invoquer des esprits et des fantômes. Beaucoup de symboles magiques islandais ont été retrouvés dans des grimoires de l’ère médiévale et étaient fréquemment utilisés par le peuple qui leurs attribuaient une réelle importance à cause des conditions climatiques extrêmes qu’ils combattaient également par la superstition.

Cassette de NYIÞ avec logo.

Bonne écoute?

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4  commentaires

  1. Je n'ai pas tout écouté mais Downfall Of Nur me semble être bien parti pour entrer dans la liste de mes favoris !
    Je note aussi Windir qui est un des premiers groupes de black que j'ai écouté ever, et que j'aime d'amour.

    1. Downfall Of Nur est une grosse poutrerie, je crois que ça vaut la peine de s'y pencher un peu même si c'est l'un de ses groupes qui ne se produira sans doute peut-être jamais en live :(

  2. Je ne connais que Windir qui est un de mes groupes préférés donc je fonce toutes oreilles dehors pour découvrir les autres. Merci Aleks !

  3. Hello !

    J'ai enfin pris le temps d’écouter tout ça :) J'ai bien accroché avec Csejthe dont le titre que tu as partagé m'a donné envie d'écouter l'album complet. L'ambiance sonore du groupe me fait un peu penser à Milanku (groupe d'ailleurs découvert grâce à toi par l'intermédiaire d'Eli ;) ).
    J'ai aussi apprécié le son de Windir et de Downfall Of Nur.
    Merci pour les découvertes !