SUMMER DIARIES #8 : BANDZ PICTURES

L’amoureux me quitte deux soirées par semaine pour répéter avec son groupe. Et les échos du début sont bien différents aujourd’hui de ceux d’autrefois. L’incompréhension, la frustration et l’impatience des débuts ont laissé place à une sorte d’équilibre, les répétitions se muant progressivement en composition.Je n’ai jamais demandé à écouter ce qui passait dans la cave des musiciens, comprenant que ce jour viendrait naturellement, attendant patiemment que la création remplace les reprises et que la fierté dépasse l’incertitude.

Un soir, Seb est rentré en me demandant si je voulais bien donner mon avis sur le premier morceau sur lequel ils travaillaient. Peut-être est-ce à cause du sentiment constant d’insatisfaction et de perfectionnisme que j’observe souvent dans sa voix que je ne m’attendais à « pas grand chose ». A mon plus grand étonnement, j’ai tourné la tête, complètement ahurie vers les baffles du salon, découvrant un morceau qui trouait le cul de bout en bout, et loin, très loin des batifolages masculins que j’avais imaginé lorsqu’il partait s’entraîner avec ses amis.

Une chose qui m’a beaucoup surprise dans l’attitude du groupe dès le départ, c’est le comportement complètement désintéressé de chacun d’entre eux. De ne vouloir, par exemple, aucunement partager avec un public ou autrui le fruit de leurs efforts. J’ai cru pendant un moment qu’il s’agissait peut-être d’une sorte de trouille avant de percuter que cette notion de « retour » ou de « partage » ne leur effleurait pas l’esprit, évoluant à leur guise dans l’ombre totale, dans ce qui devait s’accomplir ou non.

Je me suis beaucoup questionnée sur leur démarche, percutant que si j’étais moi-même dans un projet musical, le logo, le site web, et la page Facebook seraient lancés avant même d’avoir composé quoi que ce soit, en me penchant sur le design de mon image avant même d’avoir pondu un morceau. J’ai cru que c’était peut-être pour cela que j’étais graphiste et pas du tout musicienne, motivée et influencée avant tout par l’imagerie plutôt que par la mélodie, avant de me rendre compte que c’était tout simplement le mode opératoire que je constatais jour après jour dans le milieu musical. Les pages. Les tournées. Les démos.Les likes. L’auto-promotion.

Christophe Szpajdel

L’absence de deadlines, d’objectifs dans le temps et de personal branding du groupe de Seb m’a donc laissé fort perplexe, sachant que si j’avais été moi-même concernée et que si j’en avais fait mon talent et ma passion, j’aurais probablement suivi le mouvement en forçant la créativité, en bookant des concerts et en travaillant l’artwork de mon éventuel album au plus vite. J’ai compris bien tard que j’avais sans doute tout faux et que leur attitude était probablement la plus authentique. Après avoir eu la chance de découvrir leur premier morceau ne s’inscrivant dans aucun registre, dénué d’influence et d’une qualité remarquable, j’ai compris que du désintérêt de vouloir séduire émanait la création la plus intense et la plus pure, un processus artistique qui n’était en rien souillé par le regard des autres.

Et puis, un jour, l’ami-collègue décide d’organiser un concert dans son salon, et fait rapidement le rapprochement avec le hobby de l’amoureux, une occasion de jouer en live qui ne s’était plus manifestée aussi naturellement depuis le mariage de Sydney. Sauf que pour l’événement et donner l’envie aux gens de venir, il faut un nom, des photos, de la matière pour nourrir le peuple, toutes ces choses délaissées depuis longtemps et dont le groupe manque soudainement cruellement.

Je me porte bien sûr immédiatement volontaire pour créer du contenu et rayer de ma liste mentale un challenge photographique auquel je voulais m’essayer depuis longtemps : tenter de retransmettre visuellement l’énergie et le dynamisme d’un groupe lors de leur prestation. Une histoire un peu galère avec des notions de flashs très bancales pour ma part et des jeux de premier et second rideau et de mise au point manuelle de fisheye. Même si je doutais carrément du résultat, le flash intégré de mon mini-boîtier a complètement surpassé mes attentes et j’étais assez époustouflée par le rendu de cet outil que je testais pour la première fois en deux ans, qui a ouvert tout un panel de variantes et de possibilités que je n’aurais imaginées!

Book photo, check. Trouver un nom,c’était par contre une autre paire de manches. J’adorais de mon côté la proposition de G.O.A.T.S avant de nous rendre compte, oeuf corse que c’était déjà pris, et personne ne semblait convaincu par mon idée de génie de les apeller Lakav (une subtile référence au fait qu’ils répétaient dans une cave, The Garage étant déjà pris aussi.) J’étais déjà sur le point de leur offrir un superbe logo de Christophe Szpajdel aux influences art deco, un cadeau que je ne ferai sans doute jamais puisqu’à l’heure actuelle rien n’a encore été choisi pour cause d’indécision générale et j’hésite à leur proposer Undecided comme nouvelle option, de peur que ma grande intelligence (ahem) soit de nouveau remise en question.

Azylya Album Preview

Le concept du concert à la maison m’a immédiatement emballée et j’ai déjà le projet de récupérer l’idée pour remettre ça dans mon salon, mais sans doute en version acoustique pour ne pas me faire lapider par les voisins. Le groupe qui se partageait l’affiche avec celui de l’amoureux n’était autre que le projet solo de la chanteuse du groupe d’Azylya, du metal belge pas du tout inconnu au bataillon qui me rappelle un peu System Divide dans le mélange des genres masculins/féminins et qui a bien relevé la barre de stress et de niveau.

Plusieurs personnes sont venues demander à la fin du set du groupe de Seb quelle était leur composition originale parmi les covers, incapables comme moi de distinguer leur création  parmi les morceaux ultra cultes qu’ils reprenaient. Ce qu’ils avaient composés sonnaient aux oreilles des autres comme elle passait aux miennes, comme une chanson qu’on connaissait tous depuis des dizaines d’années sans pourtant jamais l’avoir entendu. Un compliment un peu fou et totalement sincère.

J’ai adoré le jam de fin de soirée où tout le monde est venu s’improviser chanteur ou musicien, une personne du public un poil punk s’est lancée dans une cover tellement belle et émouvante d’ « aux sombres héros de l’amer« ,  que j’ai découvert pour la première fois ce soir-là qu’une partie de moi était apparemment réceptive au registre de Noir Désir. Et peut-être à une partie de la variété française. On est pas dans la merde.

Noir désir "Aux sombres héros de l'amer" (live officiel) – Archive INA

Aux sombres héros de l’amer qui ont su traverser les océans du vide. A la mémoire de nos frères dont les sanglots si longs faisaient couler l’acide. Always lost in the sea, Always lost in the sea.Tout part toujours dans les flots, au fond des nuits sereines. Ne vois-tu rien venir ?
Les naufragés et leurs peines qui jetaient l’encre ici et arrêtaient d’écrire… Always lost in the sea, always lost in the sea.Ami, qu’on crève d’une absence ou qu’on crève un abcès.C’est le poison qui coule, certains nageaient sous les lignes de flottaison intimes à l’interieur des foules. Aux sombres héros de l’amer qui ont su traverser les océans du vide. A la mémoire de nos frères dont les sanglots si longs faisaient couler l’acide… Always lost in the sea, always lost in the sea.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués par le symbole *.

4  commentaires

  1. Combien de fois n'ai-je pas dit à mon copain "mais mettez la page FB de votre groupe à jour, même si c'est une bête photo de repet – juste pour dire que vous êtes en vie". Je leur ai aussi conseillé mille fois d'acquérir + de visibilité sur Youtube, en mettant une simple vidéo live. Là, ils y réfléchissent, alors que pleins de groupes + jeunes ont déjà des clips. Ils perdent des occasions de se faire connaitre, car lors d'une soirée "pré-festival" où ils jouent, les clips des artistes étaient diffusés, et eux n'avaient rien à montrer… Dommage.

    Et après plus d'un an à leur dire qu'un t-shirt, ça serait une bonne idée, ils ont enfin reçu une caisse de textile à leur nom.

  2. Loin sont les jours où le Chevelu faisait partie d'un groupe, qui avait d'ailleurs sérieusement commencé à se faire une renommée dans la région avant qu'ils finissent par tous s'engueuler et spliter. Je me souviens comme j'étais fière d'eux quand j'ai entendu leur première compo.

    Je suis totalement séduite par le nom "Lakav" haha. Et la façon dont tu décris ce qu'ils font me donne très envie de pouvoir entendre ça un jour!

    (et Noir Désir han ♥♥)

  3. Tes propositions de nom sont on-ne-peut-plus abouties et je ne comprends toujours pas leurs non-succés. Je te propose de devenir leur manageuse via un putch et d'imposer tes choix pour le plus grand bien du groupe et lancer ainsi leur carrière internationnale.

    Les photos sont bien cools et j'ai remarqué qu'un truc me dérangeais sans mettre tout de suite le doigt dessus. Et puis je me suis rendu compte que c'était la lumière. Trop de blanc, C'est marrant comme j'associe concert avec "dans le noir".
    Le gros problème de otn article c'est qu'il n'est pas conclu par une vidéo musicale du-dit groupe parce que, on voudrait bien entendre, nous aussi, un peu, en fait, enfin, tu vois quoi ? hein ?

    PS: Noir Dés, c'est le bien tu DOIS approfondir. Oui oui.

  4. Je suis tellement ravie de lire cet article qui ajoute des images à ce que tu me partageais sur le groupe de Seb ! Que de raisons en plus de regretter que ce petit concert ne se fasse pas en novembre, je partage l'avis de K : on veut écouter nous aussi !

    Quant aux photos, j'adore l'utilisation du grand angle qui donne une dynamique géniale, avec ces effets de lumière le résultat est hyper énergique, elles sont vraiment chouettes :) Le flash est celui de ton petit boitier que tu trimballes partout avec toi ? Suis-je ainsi complètement has been d'insister avec mon réflex brique encombrant sous prétexte d'une meilleure qualité d'image ?

    +1 pour Noir Dés' qui est l'un des seuls groupes français présents dans mon petit répertoire musical, grâce à K en l'occurrence, je me range donc entièrement à son PS.