SUMMER DIARIES #8 : BANDZ PICTURES

L’amoureux me quitte deux soirées par semaine pour répéter avec son groupe. Et les échos du début sont bien différents aujourd’hui de ceux d’autrefois. L’incompréhension, la frustration et l’impatience des débuts ont laissé place à une sorte d’équilibre, les répétitions se muant progressivement en composition.Je n’ai jamais demandé à écouter ce qui passait dans la cave des musiciens, comprenant que ce jour viendrait naturellement, attendant patiemment que la création remplace les reprises et que la fierté dépasse l’incertitude.

Un soir, Seb est rentré en me demandant si je voulais bien donner mon avis sur le premier morceau sur lequel ils travaillaient. Peut-être est-ce à cause du sentiment constant d’insatisfaction et de perfectionnisme que j’observe souvent dans sa voix que je ne m’attendais à « pas grand chose ». A mon plus grand étonnement, j’ai tourné la tête, complètement ahurie vers les baffles du salon, découvrant un morceau qui trouait le cul de bout en bout, et loin, très loin des batifolages masculins que j’avais imaginé lorsqu’il partait s’entraîner avec ses amis.

Une chose qui m’a beaucoup surprise dans l’attitude du groupe dès le départ, c’est le comportement complètement désintéressé de chacun d’entre eux. De ne vouloir, par exemple, aucunement partager avec un public ou autrui le fruit de leurs efforts. J’ai cru pendant un moment qu’il s’agissait peut-être d’une sorte de trouille avant de percuter que cette notion de « retour » ou de « partage » ne leur effleurait pas l’esprit, évoluant à leur guise dans l’ombre totale, dans ce qui devait s’accomplir ou non.

Je me suis beaucoup questionnée sur leur démarche, percutant que si j’étais moi-même dans un projet musical, le logo, le site web, et la page Facebook seraient lancés avant même d’avoir composé quoi que ce soit, en me penchant sur le design de mon image avant même d’avoir pondu un morceau. J’ai cru que c’était peut-être pour cela que j’étais graphiste et pas du tout musicienne, motivée et influencée avant tout par l’imagerie plutôt que par la mélodie, avant de me rendre compte que c’était tout simplement le mode opératoire que je constatais jour après jour dans le milieu musical. Les pages. Les tournées. Les démos.Les likes. L’auto-promotion.

Christophe Szpajdel

L’absence de deadlines, d’objectifs dans le temps et de personal branding du groupe de Seb m’a donc laissé fort perplexe, sachant que si j’avais été moi-même concernée et que si j’en avais fait mon talent et ma passion, j’aurais probablement suivi le mouvement en forçant la créativité, en bookant des concerts et en travaillant l’artwork de mon éventuel album au plus vite. J’ai compris bien tard que j’avais sans doute tout faux et que leur attitude était probablement la plus authentique. Après avoir eu la chance de découvrir leur premier morceau ne s’inscrivant dans aucun registre, dénué d’influence et d’une qualité remarquable, j’ai compris que du désintérêt de vouloir séduire émanait la création la plus intense et la plus pure, un processus artistique qui n’était en rien souillé par le regard des autres.

Et puis, un jour, l’ami-collègue décide d’organiser un concert dans son salon, et fait rapidement le rapprochement avec le hobby de l’amoureux, une occasion de jouer en live qui ne s’était plus manifestée aussi naturellement depuis le mariage de Sydney. Sauf que pour l’événement et donner l’envie aux gens de venir, il faut un nom, des photos, de la matière pour nourrir le peuple, toutes ces choses délaissées depuis longtemps et dont le groupe manque soudainement cruellement.

Je me porte bien sûr immédiatement volontaire pour créer du contenu et rayer de ma liste mentale un challenge photographique auquel je voulais m’essayer depuis longtemps : tenter de retransmettre visuellement l’énergie et le dynamisme d’un groupe lors de leur prestation. Une histoire un peu galère avec des notions de flashs très bancales pour ma part et des jeux de premier et second rideau et de mise au point manuelle de fisheye. Même si je doutais carrément du résultat, le flash intégré de mon mini-boîtier a complètement surpassé mes attentes et j’étais assez époustouflée par le rendu de cet outil que je testais pour la première fois en deux ans, qui a ouvert tout un panel de variantes et de possibilités que je n’aurais imaginées!

Book photo, check. Trouver un nom,c’était par contre une autre paire de manches. J’adorais de mon côté la proposition de G.O.A.T.S avant de nous rendre compte, oeuf corse que c’était déjà pris, et personne ne semblait convaincu par mon idée de génie de les apeller Lakav (une subtile référence au fait qu’ils répétaient dans une cave, The Garage étant déjà pris aussi.) J’étais déjà sur le point de leur offrir un superbe logo de Christophe Szpajdel aux influences art deco, un cadeau que je ne ferai sans doute jamais puisqu’à l’heure actuelle rien n’a encore été choisi pour cause d’indécision générale et j’hésite à leur proposer Undecided comme nouvelle option, de peur que ma grande intelligence (ahem) soit de nouveau remise en question.

Azylya Album Preview

Le concept du concert à la maison m’a immédiatement emballée et j’ai déjà le projet de récupérer l’idée pour remettre ça dans mon salon, mais sans doute en version acoustique pour ne pas me faire lapider par les voisins. Le groupe qui se partageait l’affiche avec celui de l’amoureux n’était autre que le projet solo de la chanteuse du groupe d’Azylya, du metal belge pas du tout inconnu au bataillon qui me rappelle un peu System Divide dans le mélange des genres masculins/féminins et qui a bien relevé la barre de stress et de niveau.

Plusieurs personnes sont venues demander à la fin du set du groupe de Seb quelle était leur composition originale parmi les covers, incapables comme moi de distinguer leur création  parmi les morceaux ultra cultes qu’ils reprenaient. Ce qu’ils avaient composés sonnaient aux oreilles des autres comme elle passait aux miennes, comme une chanson qu’on connaissait tous depuis des dizaines d’années sans pourtant jamais l’avoir entendu. Un compliment un peu fou et totalement sincère.

J’ai adoré le jam de fin de soirée où tout le monde est venu s’improviser chanteur ou musicien, une personne du public un poil punk s’est lancée dans une cover tellement belle et émouvante d’ « aux sombres héros de l’amer« ,  que j’ai découvert pour la première fois ce soir-là qu’une partie de moi était apparemment réceptive au registre de Noir Désir. Et peut-être à une partie de la variété française. On est pas dans la merde.

Noir désir "Aux sombres héros de l'amer" (live officiel) – Archive INA

Aux sombres héros de l’amer qui ont su traverser les océans du vide. A la mémoire de nos frères dont les sanglots si longs faisaient couler l’acide. Always lost in the sea, Always lost in the sea.Tout part toujours dans les flots, au fond des nuits sereines. Ne vois-tu rien venir ?
Les naufragés et leurs peines qui jetaient l’encre ici et arrêtaient d’écrire… Always lost in the sea, always lost in the sea.Ami, qu’on crève d’une absence ou qu’on crève un abcès.C’est le poison qui coule, certains nageaient sous les lignes de flottaison intimes à l’interieur des foules. Aux sombres héros de l’amer qui ont su traverser les océans du vide. A la mémoire de nos frères dont les sanglots si longs faisaient couler l’acide… Always lost in the sea, always lost in the sea.

ENCYCLOPEDIE DU SAVOIR ABSURDE ET INUTILE #3

Ces derniers temps, c’est l’éveil musical. Je glisse facilement chaque semaine un nouvel album dans ma liste de favoris. Une abondance inespérée et des écoutes incroyables qui me donnent perpétuellement l’impression de n’avoir jamais rien aimé de tel jusque-là. Mon répertoire actuel se compose majoritairement de folk et de black metal, et c’est ce dernier que je vais creuser dès à présent pour la troisième publication de l’encyclopédie du savoir absurde et inutile,discutant de quelques groupes coup de coeur aux étymologies pleine de surprises et de secrets. 

Cailleach est groupe de black metal néo-zélandais et suédois qui se démarque par ses quelques touches electro inattendues. Dans la mythologie gaélique, la Cailleach est une sorcière divine, une déesse mère et divinité du climat, la personnification des forces élémentaires de la nature surtout dans leur aspect destructeur. Elle représente l’hiver, guide les cerfs et gèle le sol de son bâton qu’elle balade tel un sceptre. En Écosse, on attribue à ce personnage la création de nombreuses montagnes et vallées. On dit que les collines ont été formées quand elle traversa le pays en semant par erreur des pierres tombant de son panier,et qu’elle se transforme chaque année en rocher jusqu’à la fin des jours d’été.



Rocher Cailleach, Ecosse.



« Ethereal, the sorrows touch on landscapes, dying in the bleak light reflected by a dead solitary rock. Deep within the forest, beneath the winter sky, I breathe the scent of barren trees as I follow a path.Far beyond the ancient mountains, long across the futile fields. On the other side of fraudful ponds and frozen streams. Rooted ‘neath the deceiving mire, here grows the tree of immortality.Once thriving, with branches reaching the sky. Now forgotten, it tries to hide the splits in its bark.I sink down through the moss, and the further down I go the more I feel its roots grip around my limbs. Sick from evisceration, the tree has treaded into a never-ending wither. I am pierced by its roots, and it drinks the liquid exuded from my wounds.My mind is weakening, the loss of blood takes its toll. The tree can no longer nourish. In my last moments I mourn the drying tree. Never again will it flourish and reach for the sky. As I am ending the tree is treading back, into its never ending process of withering. Immortality only means to be dying for eternity. »

Downfall Of Nur est un projet argentin solo et est probablement mon grand favori de toute la liste évoquée de cet article. J’adore son côté mélodique et l’utilisation de flûtes et de violons qui soulignent son aspect tantôt folk, tantôt épique pour un résultat puissant et organique. Le groupe est inspiré de la culture nuragique qui apparaît en Sardaigne au cours du premier âge du bronze, et ce nom dérive de son monument le plus caractéristique : le nuraghe. Cette même culture s’est étendue également en Corse, où l’on en trouve trace en maints endroits.Le nuraghe typique a la forme d’un cône tronqué et ressemble de l’extérieur à une tour médiévale. Ils pourraient avoir servi de temples, d’habitations, de forts, de lieux de rencontre ou toute autre combinaison de ces possibilités. Les nuraghes abritaient également dans leurs enceintes les Domus de janas (maisons des fées ou des sorcières), des sépultures de l’époque préhistorique, creusées dans la roche, que l’on trouve dans toute la Sardaigne. Elles ont été utilisées à des fins funéraires Les légendes populaires racontent qu’elles étaient habitées par des fées qui tissaient des toiles en or. Tous ceux qui s’en approchaient devenaient fous.

Barumini, Sardaigne.

« Torn by sacred trees placed on the white stone by the oldest man of her people.Here is were we come to pray. The smell of blood and smoke, it spreads through the forest,a thousand horns sounds in salute to the new king.In the eyes of the druid,a sacred fire burns eternally.He can see inside the woods,the Golden Age over this land.For over a thousand years the Gods had protected us. Our Mother gave animals with forests and sacred rivers.Ancestral towers beyond the forest, the pillars of (the) Universe, the Pantheon of the oldest Gods, which now rest in their golden thrones. Threatened by the arrival of the invader, more than one thousand sons of Nur gave their lives, to defend the great sacred temples,that someday will arise in the light of the Gods. »

Phurpa est un groupe russe qui s’inspire et reproduit d’anciennes traditions tibétaines et livre une musique très intense et des performances impressionnantes soutenues par un chant guttural ahurissant. Le nom du groupe vient de la déité bouddhiste Vajrakilaya qui tient dans ses mains un phurpa, une dague rituelle tibétaine. Sa forme la plus courante est celle d’un heruka à trois têtes (une déité masculine très importante dans les arts de yoga supérieur), six bras et quatre jambes. Sa pratique méditative s’avère particulièrement efficace pour annihiler les obstacles de toutes sortes. Les trois faces de la dague symbolisent la destruction de l’ignorance, de l’attachement et de l’aversion, ainsi que la maîtrise des trois temps et des trois mondes.

Phurpa

« བོད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ  ་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞ  བོད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ  ་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞ བོད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ  ་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ – གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་གཞས་གླུ་ཚིག – གཞས་པ གཞས་མ། ལྷག་དཀར་གྱི་གཞས་གསུམ། ད་  » 


(oui, j’ai copié collé n’importe quoi.)

Le groupe Windir voit le jour à Sogndal dans les années 90 et est créé par le membre Valfar. Leur son particulier tient sans doute de l’utilisation d’instruments assez inattendus pour le genre (un accordéon? oui pourquoi pas), l’aspect plus nébuleux et parfois astral du projet m’a immédiatement séduite. Le nom Windir signifie « guerrier » dans un ancien dialecte nordique utilisé dans la plupart des textes, appelé le Sognamål. De celui-ci découle le genre « sognametal » qui inspira de nombreux groupes de la région de Sogn og Fjordane. En guise d’anecdote, le chanteur et compositeur Valfar est porté disparu au début des années 2000, son corps est retrouvé dans la vallée de Sogndal, mort d’hyporthemie, alors qu’il essayait de rejoindre à pieds la cabane de l’un de ses ancêtres.

Sogndal, Norvège.

« A vague shadow lurking in the dark, a sane man’s worst nightmare, a vision containing death, as a wake in honour of himself. For equal sane mortals, it’s a nightmare becoming real. But I, I see it as the final clause of a neverending deal, I embraced my vision, as it was common for me. A fate, a destiny, an inevitable early death. Finally I’m dead, And the vision is revealed for everyone else.« 

Panopticon est de nouveau le fruit d’un travail solitaire. Originaire du Kentucky, le groupe se caractérise par un son black atmosphérique aux résonances tantôt folk, tantôt bluegrass. Le nom est tiré du panoptique, un type d’architecture carcérale imagine à la fin du 18ième siècle par les frères Bentham. L’objectif de la structure panoptique est de permettre à un gardien, logé dans une tour centrale, d’observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s’ils sont observés. Ce dispositif devait ainsi créer un « sentiment d’omniscience invisible » chez les détenus, ne sachant jamais quand ils sont surveillés. Le projet se solda par un échec.

Modèle de panoptique.

« As the water passes over the rock bed, so gentle and quiet,you can hear their cries in the crashing water. Bodies dashed against the rocks below where ghosts at the galls roam. The blood stained soil, their ancestral forest…Where only trees now know of the horrors seen here. Forgotten. A nation left to weep, like spilling water over the falls.The water passes over stone, falling so far below.Split blood and splintered bone where cherokee ghosts roam.Pale faces in the mist, demons who claim the mountains,treading beneath looming cliff. The cool, still air permeating your skin.The rhythm of the water pounding the forest floor whispers to us with the voices of proud warriors overcome.The treaty was broken, the land has been stolen. THE FOREST IS HAUNTED. Softly whispering in the dead air.The blood stained stones in the deep.Morosely contrasting against appalachian green. Flows into the river, whisked away. Vengeance was claimed on that day. Bullets for every pale face. The price owed could never be paid.Sorrow fills the air where tribal souls sleep beneath the cliffs where ywahoo falls forever weeps…« 

Csejthe est un groupe canadien qui s’inspire de l’histoire d’Elizabeth Bathory. Le nom « Csjethe » est d’ailleurs celui du château qui lui fût offert en cadeau de mariage et dans lequel elle a torturé et assassiné de nombreuses personnes, faisant d’elle la tueuse en série la plus prolifique de tous les temps. La légende veut que la comtesse ait été condamnée à être emmurée dans la chambre de son château, ce à quoi elle se serait pliée sans résistance, et que le nombre de victimes extraites de ses murs se comptèrent par centaines. Le château se trouve en Slovaquie et s’est aujourd’hui transformé en réserve naturelle entre autres grâce aux plantes qui l’entourent, étant manifestement des spécimens assez rares.

Csjethe, Slovaquie.

« Allez récolter le sang bleu. Cherchez ces vierges au sang bleu.Comprenez ceci,mon corps se flétrit.
La puissance de ce sang nouveau, me gardera éternelle.« 

Et le plus bizarre pour la fin, NYIÞ (se prononce « niche ». Non c’était une blague.) un groupe occulte islandais dont il est assez dur de récolter des informations. En plus de leur immense étrangeté, j’ai été fortement attirée par leur logo qui ressemblait en tout point à une rune magique. Je ne la connaissais pas encore jusqu’à présent et c’est bien dommage puisqu’elle est loin d’être inintéressante.  De son nom « Stafur til að vekja upp draug« ,elle sert à  invoquer des esprits et des fantômes. Beaucoup de symboles magiques islandais ont été retrouvés dans des grimoires de l’ère médiévale et étaient fréquemment utilisés par le peuple qui leurs attribuaient une réelle importance à cause des conditions climatiques extrêmes qu’ils combattaient également par la superstition.

Cassette de NYIÞ avec logo.

Bonne écoute?

A BLAST FROM THE PAST #2: SEOUL’S CATS, SHEEPS, DOGS AND POOP CAFES

Un des aspects qui m’a le plus plu lors de notre voyage à Séoul était sans doute les cafés dans lesquels nous avons passés le plus clair de notre temps.J’ai pris un vrai plaisir à dénicher les plus mignons ou les plus improbables, souvent attirée par ceux proposant une interaction avec des animaux. J’ai sautillé de joie en arrivant à l’adorable Thanks Nature Café pour y découvrir deux fantastiques petits moutons, eu un peu peur en entrant dans le café pour chiens en voyant une meute entière cavaler vers moi pour s’emparer de mes croquettes, et j’ai halluciné en découvrant le Poop café, endroit de pèlerinage ou j’ai fait une petite sieste sur un coussin étron géant en mangeant des biscuits en forme de crotte. Fourrés au chocolat, bien sûr.

Mais celui qui fût de loin mon préféré est sans doute finalement le plus commun: j’ai adoré le café pour chats. Nous avions noté une adresse bien précise mais sommes finalement rentrés dans un autre qui se trouvait sur notre chemin, et alors que j’étais un peu incertaine d’y aller à l’aveuglette, ce fût le meilleur moment du voyage. Je crois que nous avons en effet passé une bonne partie de l’après-midi à caresser toutes sorte de félins s’installant nonchalamment sur nos genoux, sans nous en lasser une seule seconde. Il a fallu que j’aille à l’autre bout de la planète pour me rendre compte que leur présence me manquait énormément, et constater le plaisir que je prenais en leur compagnie, alors que le mien était mort il y a maintenant 10 ans. J’ai découvert aussi un Seb absolument magnétique avec les boules de poils à quatre pattes, et plus ému que je ne l’aurais cru à leur approche ce jour-là.
Quelques mois après notre retour de Séoul, le chat de Seb est mort. Les semaines passant, j’étais surprise d’observer que son chagrin ne s’estompait pas, bloqué par le souvenir d’un ami qui ne reviendrait jamais. Quelques jours plus tard, lors d’un déjeuner en terrasse dans le jardin de mes parents, un chat famélique au regard vide s’est approché de nous, manifestement mourant. Ma maman nous apprend qu’il erre depuis quelques jours et refuse de manger avant de nous avouer paniquée, qu’elle ne peut absolument pas se permettre de le prendre en charge.
J’ai vu pas mal de chats à la dérive dans le jardin de mon enfance, mais celui-ci portait en lui une détresse encore plus alarmante. Complètement perdue et sans avoir la moindre idée de savoir quoi faire, je pense finalement à la copine Candy qui travaille bénévolement dans un refuge pour chats. Après un petit coup de fil, nous fonçons chez Cat Rescue où il est pris directement en charge gratuitement, et part faire une visite illico chez le vétérinaire. Après plusieurs jours entre la vie et la mort, il commence à se rétablir doucement, et je fais la promesse à Seb qu’aux alentours d’octobre lorsque l’appartement serait en grande partie rangé et réaménagé, nous pourrons songer à l’adopter s’il est encore disponible. Son regard brille à ma proposition, signe que c’est une bonne idée.
Sushi
Albator

Sauf que la gardienne de « Bridget-nouveau-pseudo-du-chat-sauvé-qui-a-failli-s’-appeler-Nabila » reste assez évasive lorsque nous revenons vers elle pour voir si on peut lui rendre visite et envisager une adoption. On finit par comprendre qu’elle n’est plus vraiment affiliée au refuge et qu’elle n’a pas l’air de vouloir s’en défaire, un coup de massue pour moi qui avait eu un vrai coup de coeur pour l’animal. Avec une quinzaine d’années au comptoir et son air fatigué, il m’a tout de suite plu, d’autant plus que le staff m’avouait malheureusement qu’il avait peu de chance d’être pris dans une famille, la population n’étant pas spécialement friande de vieux chats.

J’ai alors envisagé Sushi de Cat Rescue qui m’a tout de suite tapé dans l’oeil, un siamois en piteux état, battu par ses anciens propriétaires et à la santé fragile. Après avoir mûrement réfléchi, j’ai su que ce n’était pas une bonne idée, je n’aurais pas les moyens de l’amener chez le vétérinaire fréquemment avec son état instable, et je ne répondais pas vraiment au statut de « maison calme » avec les nombreux travaux que j’effectuais chez moi les week-ends.
Après avoir trouvé mon favori dans une famille d’accueil, je suis tombée au refuge sur Albator qui m’a subjuguée d’un regard avec son oeil en moins. Il s’est laissé facilement approché et semblait particulièrement curieux par mon passage, je me suis rendue compte malheureusement trop tard que le courant serait probablement bien passé entre nous, une constatation qui ma fait mal au coeur puisque j’imagine que son handicap ne doit pas vraiment jouer en sa faveur envers les autres prétendants.

Chatan

Le dévolu a finalement été jeté sur Bidule qui s’appellera dorénavant Chatan. Je n’avais jamais imaginé prendre un chaton, préférant me tourner vers les vieux matous dont personne ne veut, mais Seb et moi n’ayant jamais connu l’énergie des bébés plutôt adeptes des rescapés, nous nous sommes dit que l’adaptation se ferait sans doute plus facilement et qu’il y aurait moins de peur et d’avantage de contact. J’appris que notre adoption était plus que la bienvenue, la plupart des gens n’aimant pas du tout les chats noirs pour des raisons aussi superstitieuses que triviales, et celui-ci peinait à trouver un propriétaire après avoir été retrouvé dans une carrosserie. Nous avons finalement signés notre contrat sous le regard d’un petit tigré sauvé de justesse, alors que des enfants après l’avoir fait tourner par sa queue, étaient sur le point de l’immoler.

Chatan, qui a frôlé le surnom « Luna » de Sailor Moon et le « Salem » de Sabrina l’apprentie sorcière, est arrivé dans toute sa noirceur le jour de la lune de sang, un merveilleux hasard qui démontre que les astres étaient bien alignés à ce moment-là. Nous avons célébré le soir même l’événement astral de manière tout à fait inattendue en souscrivant à une manifestation chamanique à laquelle nous nous sommes rendus avec une de mes collègues.
Elle m’en avait parlé au détour d’une conversation en osant à moitié admettre que cela semblait l’intéresser. Lorsqu’elle a évoqué « une marche dans les bois de nuit pour nous soumettre avec des inconnus à un rituel sibérien accompagné de tambour ancestral pour offrir nos souhaits à la lune de sang et se recharger de son énergie en raison de sa position rarissime« , c’était manifestement très mal me connaître puisqu’en grande adepte des trucs louches, nos places étaient réservées avant qu’elle aie eu le temps de terminer sa phrase.
Photos de précédents événements 

Soulagée de tomber au point de rendez-vous sur des gens manifestement sains d’esprit et pas des serials killer menaçant à tout moment de me découper en petits morceaux dans la forêt de Soignes, notre petit groupe de dix s’est enfoncé sous la lueur d’une lampe de poche dans les profondeurs des bois. Après une marche musclée d’une bonne demie-heure dans une végétation dense et dans le noir presque total, nous débouchons sur un endroit plus dégagé d’où la lune était bien visible. A la lueur des bougies, sous le craquement des feuilles et l’encens se propageant dans l’air, notre guide Northen Deer a chanté, dansé, et dirigé pendant plusieurs heures notre séance pour nous aider à nous débarrasser des aspects négatifs qui nous freinaient au quotidien, et soumettre nos désirs à notre satellite, dans l’espoir qu’ils se réalisent. J’ai adoré l’expérience de bout en bout, touchant doucement du doigt la vision que je me faisais et que je recherchais ardemment du néo-paganisme.
Nous sommes tous rentrés en silence après avoir consumé notre passé à la flamme d’une bougie, et j’ai plongé dans mon lit épuisée comme jamais du rituel surréaliste au fond des bois. Le lendemain tout brûlait, je brûlais, une torpeur et une grosse fièvre que partageais Seb et qui consumait nos muscles, rendant tout déplacement insupportable. Peut-être s’agissait-il d’un semblant de grippe, peut-être pas. Le fait est qu’un coup de fil que nous attendions depuis un bout de temps s’est incrusté tout à coup dans notre quotidien. Le lendemain de la nuit magique. Le lendemain de la lune de sang.